Recherche agricole et développement
Le riz NERICA au chevet de la riziculture guinéenne
Le Nerica (New rice for Africa), nouveau riz africain découvert dans les années 1990 par les chercheurs de l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire) devrait permettre de multiplier les productions de riz et de répondre ainsi aux exigences du climat et aux besoins alimentaires du continent. Grâce à cette graine miracle, la Guinée a amélioré de façon notable la quantité de ses productions. Malgré ses 780 000 hectares de terres cultivables, le pays est très dépendant de l’offre extérieure.
Le NERICA possède la rusticité et le potentiel élevé de production de ses parents africain et asiatique

La riziculture pluviale représente 69 % des superficies emblavées en riz en Guinée, avec cependant des rendements très faibles, environ 1,3 tonne à l’hectare. Pour améliorer les rendements, un vaste programme de transfert de technologies a été mis en place. Ce programme s’appuie sur l’utilisation des semences améliorées mises au point à l’IRAG ou introduites des centres de recherche de la sous-région. C’est ainsi que les variétés Nérica, créées au Centre du riz pour l’Afrique (ADRAO) ont fait l’objet d’une large diffusion en Guinée.
Le NERICA est le produit du croisement des deux espèces de riz cultivé : Oryza sativa (l'espèce asiatique) et Oryza glaberrima (l'espèce africaine). Le nom NERICA est devenu une marque déposée en 2004. Ainsi, les lignées combinent les meilleures caractéristiques des deux parents : rendements élevés du parent asiatique et capacité de réussir dans des conditions difficiles du parent africain.
L’ADRAO en a créé plusieurs centaines de lignées, ce qui a ouvert des trésors de ressources génétiques et augmenté la biodiversité du riz pour la communauté scientifique mondiale.
Compte tenu de leurs excellentes performances et de leur popularité auprès des paysans, le Comité de nomination des variétés du Centre du riz pour l'Afrique a nommé en mars 2005, 11 nouvelles variétés supplémentaires de NERICA qui viennent s’ajouter aux sept premières déjà existantes. Ce qui porte à 18 le total des variétés de plateau caractérisées et qui conviennent toutes à l'écologie de plateau de l'Afrique subsaharienne.
Introduction de NERICA dans les zones à grande potentialité

Pour améliorer les rendements, la mise en œuvre d’un vaste programme de transfert de technologies rizicoles en milieu paysan a été  entamée en 1997. Ce programme s’est effectué  par l’introduction de cette s variétés NERICA dans toutes les zones à grande potentialité de riziculture pluviale et dans les centres de recherche agronomique de l’IRAG travaillant sur le riz pluvial (Kilissi en Guinée maritime, Bordo en   Haute Guinée et Sérédou en Guinée Forestière). En 1997 et 1998, ces variétés ont été évaluées à quatre niveaux :
 
D’abord au niveau des unités expérimentales paysannes, avec six introductions dont trois de l’ADRAO (WAB450IBP28HB, WAB450IBP91HB et WAB450IBP160HB), une variété créée à Kilissi, une très cultivée à Macenta et enfin une qui a été une qui était très cultivée par le paysan sélectionné pour cette expérimentation.

En 1997, les préfectures de Macenta, N’zérékoré et Beyla en Guinée Forestière, Faranah en Haute Guinée, Télimélé, Forécariah et Boké en Guinée Maritime et Koundara en Moyenne Guinée.

En 1998, on est passé à 15 préfectures :

  • Macenta, N’zérékoré, Beyla, Kissidougou et Gueckédou en Guinée Forestière
  • Faranah, Dabola et Kankan en Haute Guinée ;
  • Télimélé, Forécariah, Boké et Boffa en Guinée Maritime ;
  • Koundara, Lélouma et Mamou en Moyenne Guinée.

 

Les différents essais ont été conduits à Bordo en Haute Guinée, à Sérédou en Guinée Forestière et à Kilissi en Guinée maritime. Ils ont porté sur 15 variétés dont 12 introductions de l’ADRAO et 3 choisies parmi les meilleures sélections de l’IRAG. Les introductions de l’ADRAO ont porté sur :

WAB189-B-B-B-8-HB, 1AC164, WAB450IBP91HB, WAB450IBP169HB, WAB24-372-P-18HB, WAB450IBP28HB, WAB450IBP20-HB, WAB450IBP138HB, WAB181-18HB, WAB33-25,  ITA150, WAB450-11-1-1P31HB,  CB111, TOX1011-4-12, WAB99-H-14-HB.

La sélection variétale participative paysanne avec 30 variétés dont 25 introductions de l’ADRAO et 5 de l’IRAG a été effectuée à Tékoulo en Guinée Forestière par le centre de Sérédou, à Faranah en Haute Guinée par le centre de Bordo et enfin à Forécariah en Guinée maritime par le centre de Kilissi.

C’est finalement 200 variétés de riz qui ont été introduites de l’ADRAO et mis en observation dans une collection en 1998.

A l’issue de ces différents travaux, les variétés WAB450IBP160HB, WAB450IBP91HB, WAB450IBP28HB, WAB189-B-B-B-8-HB et WAB181-18-HB ont été meilleures. A ce jour, avec l’appui des partenaires au développement notamment l’ONG SG2000, ces variétés connaissent une large diffusion à travers tout le territoire national.

Pour la campagne 2002-2003, les semences de 8 variétés de NERICA ont été produites sur une superficie totale de 45,58 ha par le centre de vulgarisation agricole de Bamban à Kindia. Cela s’est effectué pendant l’encadrement de 12 groupements de producteurs et de 24 paysans leaders résidant dans 14 préfectures. Il s’agit de WAB450IBP91HB, WAB450IBP31HB, WAB450IBP28HB,  WAB450IBP38HB, WAB450IBP160HB, 1AC164, WAB 450 –B-B38 HB, WAB56125.

Parmi les variétés NERICA introduites, 4 sont largement diffusées et adoptées. Il s’agit de NERICA 2 (WAB450 11-1-IP31-HB), NERICA 3 (WAB45028 HB), NERICA 4 (WAB450IBP 91HB) et  NERICA 6 (WAB450IBP 160 HB). Parmi ces variétés NERICA 3 et NERICA 4 sont les plus appréciées par les producteurs. Ces efforts ont permis de classer la Guinée comme le pays ayant fait le plus d’effort de vulgarisation du NERICA. Ainsi, pour la saison 2000, le NERICA a été semé sur plus de 8 000 ha, soit 1,33% des surfaces rizicoles.

L’évolution des superficies mises en valeur en NERICA de 2003 à 2006 se présente comme suit : 2003 avec 50 824 ha, 2004 avec 71 154 ha, 2005 avec 85 384 et enfin 2006 93 923 ha.
Des récoltes multipliées par 20
Ainsi, en moins de trois ans, les récoltes ont été multipliées par 20, passant de 15 000 tonnes en 2000 à 300 000 tonnes en 2006, d’après des projections de l’ADRAO. Même si la Guinée reste assez tributaire des importations, l’amélioration des récoltes a pesé significativement sur les quantités de riz débarquées au port de Conakry. Malgré tout, ces résultats restent encore très fragiles et doivent être très consolidés. Ainsi, toutes les parties prenantes de la riziculture guinéenne, décideurs, bailleurs de fonds, chercheurs, producteurs, vulgarisateurs et autres doivent restés mobilisés en première ligne de ce combat. Car finalement, il s’agit bien d’un combat entre l’autosuffisance alimentaire et la famine.

Sénkoun Wagué
Sékou Diawara